Semaine #02 : Tata Mandinga (La partition)

Era invierno u otoño, no me acuerdo bien. Pero sí me acuerdo que aunque hacía frío, esa mañana, paseando por Place de Jaude, el sol pegaba lindo, calentaba los huesos y me ponía de buen humor (Sí, ya sé: algo raro).
Abrazados con Marie, pensando en nada y charlando de incongruencias poco importantes al devenir del universo, fuimos interrumpidos por una señora que le dirigió la palabra sorpresivamente a Marie.
Época en la que entendía mucho menos que ahora el francés, luego de responder a los saludos con una sonrisa, un « ça va » o un « bonjour », cuando la conversación comenzaba a transformarse en chino básico para mí, mi ser entraba en un estado de errar estéreo . Por un lado mi mente partía a recuerdos lejanos o a pensamientos dignos de una borrachera mientras que por el otro mis ojos escudriñaban curiosos la ciudad y su gente. De vez en cuando, al sentir que me dirigían la palabra, asentía con la cabeza sonrientemente sin emitir sonido alguno mientras miraba a Marie de reojo para que me enviara alguna señal indicándome si tenía que continuar afirmando o si debía negar.
Esa vez no fue una excepción. Bonjour y sonrisa de protocolo y empezar el divague con la carita en dirección al sol como para no perder mi « Tostado Buenos Aires ».
Hasta que me presentan a un caballero que estaba junto a la señora. Un coterráneo. ¿Otro argentino perdido en Clermont-Ferrand? No. Algo más raro: un guitarrista argentino de gira por la Auvergne.
Preguntas de rigor: ¿por qué estás acá? ¿qué hacés? ¿te pensás quedar? y otras del estilo que nos hicimos uno al otro.
En un momento hablamos de Jorge Santos, mi profesor de guitarra, que él también conocía y después, no se cómo, derivó en que yo componía y que él quería que le pase material porque busca cosas nuevas para su repertorio.
Obviamente no tenía nada escrito de mis composiciones para guitarra en ese momento, pero que lo iba a hacer y que se lo enviaba por correo electrónico apenas lo terminara. Así que intercambiamos mails, nos deseamos mucha suerte y cada cual siguió su camino.
En otra ocasión, charlando con mi amigo Norberto Pedreira, excelente guitarrista, compositor y docente con gran capacidad de paciencia, él me dijo: « tendríamos que empezar a escribir los temas así los editamos, ¿no? », con ese claro tono de « ponete las pilas, pibe ». Frase que repitió en varias oportunidades en nuestras charlas frente a frente, por teléfono y hasta por Skype.
Más de una vez he cruzado a Marie-Thérèse – la señora que otrora nos había interrumpido – por las callecitas de Clermont-Ferrand y en todas amablemente insistió: « Todavía no le mandaste lo que le prometiste ».
Es verdad. No he hecho honor a la gente que se interesa por mi trabajo. Justamente yo que me quejo todo el tiempo del mundo y su indiferencia.
Pero hoy voy a saldar esta deuda. Hoy, en el Espace Perecito, comienzo a hacer entrega de las partituras para guitarra de las canciones que forman parte de mi primer disco solista.
Dedicada a Marie-Thérèse, a Norberto Pedreira y especialmente a Alberto Morelli – el guitarrista que encontré aquella mañana bajo el sol acariciador de Clermont-Ferrand, que me lo imagino revisando su correo todos los días, cada cinco minutos, esperando encontrar un mail mío -, la primera de esta serie: Tata Mandinga. Chacarera trunca compuesta en el año 1994 y que el origen de su título develaré la semana próxima.

C’était l’hiver ou l’automne, je ne sais plus bien. Mais je me souviens que bien qu’il faisait froid ce matin-là, alors que nous nous promenions place de Jaude, le soleil était bon, il réchauffait les os et me mettait de bonne humeur (Oui, je sais : chose bizarre).
Avec Marie, bras dessus-dessous, sans penser à rien et parlant de futilités peu importantes pour le devenir de l’univers, nous fûmes interrompus par une dame qui adressa la parole à Marie par surprise.
À cette époque où je comprenais beaucoup moins le français que maintenant, après mes réponses aux salutations par un sourire, un « ça va » ou un « bonjour », lorsque la conversation commençait à devenir pour moi du chinois, mon être entrait dans un état d’errance stéréo. D’un côté, mon esprit partait vers des souvenirs lointains ou des pensées dignes d’une cuite, tandis que de l’autre, mes yeux scrutaient, curieux, la ville et ses gens. De temps en temps, sentant qu’on m’adressait la parole, j’acquiesçais en souriant d’un signe de tête, sans émettre de son, tout en regardant Marie du coin de l’œil pour recevoir un signal m’indiquant si je devais continuer à acquiescer ou au contraire nier.
Cette fois-là, ce ne fut pas une exception. Un bonjour et un sourire protocolaires, puis entreprendre la divagation le visage tourné vers le soleil, pour ne pas perdre mon « Hâle Buenos Aires ».
Jusqu’à ce qu’on me présente un monsieur qui accompagnait cette dame. Un compatriote. Un autre argentin perdu à Clermont-Ferrand ? Non. Encore plus bizarre : un guitariste argentin en tournée en Auvergne.
Questions de rigueur : Pourquoi es-tu ici ? Que fais-tu ? Tu as l’intention de rester ? Et d’autres dans le même style, que nous nous sommes posées l’un l’autre.
À un moment donné, nous en sommes arrivés à parler de Jorge Santos, mon professeur de guitare, qu’il connaissait aussi puis, je ne sais comment, la conversation dériva sur le fait que je composais et que lui voulait que je lui fasse passer du matériel, car il cherchait de nouvelles choses pour son répertoire.
Évidemment, je n’avais à ce moment-là écrit aucune de mes compositions pour guitare, mais j’allais le faire et lui envoyer cela par mail dès que je l’aurai fait. Nous avons donc échangé nos adresses mail, nous sommes souhaité bonne chance et chacun a repris son chemin.
Lors d’une autre occasion, discutant avec mon ami Norberto Pedreira, excellent guitariste, compositeur et professeur pourvu d’une grande patience, celui-ci me dit : « on devrait commencer à écrire les morceaux, comme ça on pourrait les éditer, non ? » avec ce ton clair de « bouge-toi les fesses, p’tit gars ». Phrase qu’il a répétée maintes fois lors de nos conversations en face à face, par téléphone et même par Skype.
J’ai croisé Marie-Thérèse plus d’une fois – cette dame qui nous avait autrefois interrompus – dans les ruelles de Clermont-Ferrand et chaque fois, elle insista aimablement : « Tu ne lui as toujours pas envoyé ce que tu lui as promis ».
C’est vrai. Je n’ai pas fait honneur aux personnes qui s’intéressent à mon travail. Justement moi qui me plains tout le temps du monde et de son indifférence.
Mais aujourd’hui, je vais solder cette dette. Aujourd’hui, dans l’Espace Perecito, je commence à livrer les partitions pour guitare des morceaux qui font partie de mon premier disque soliste.
Dédiée à Marie-Thérèse, à Norberto Pedreira et tout spécialement à Alberto Morelli – le guitariste rencontré ce matin-là sous le soleil cajoleur de Clermont-Ferrand, que j’imagine consulter sa boîte mail tous les jours, toutes les 5 minutes, espérant trouver un mail de moi – la première de cette série : Tata Mandinga. Chacarera trunca composée en 1994, dont l’origine du titre sera dévoilée la semaine prochaine.